photo Marianne Tessier

       
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L'autre regard sur la Corse
Magazine N°158 - Novembre 2012
   

Didier-Marie Le Bihan, D'île en île.



Dans son atelier de l'île de Sein, Didier-Marie Le Bihan peint à son rythme et à son gré, et n'a pas besoin d'exposer pour vendre ses oeuvres. C'est pourquoi son exposition, jusqu'au 15 novembre, à l'hôtel Palazzu U Domu à Ajaccio, constitue un petit événement.


Didier-Marie Le Bihan se prénomme en réalité Didier. L'ajout du Marie n'est pas là pour faire joli ou parce qu'un prénom composé, ça vous pose un artiste ou un homme de plume. Il rend tout simplement hommage à son épouse, « sans qui rien n'aurait été possible » et qui, comme lui, a su aimer cette île de Sein où ils ont choisi de vivre, en 2000. C'est là que, déjà, dans les années 1960, les parents de Didier étaient venus s'installer, transformant une ancienne usine à crabes en maison familiale. C'est là que Didier-Marie Le Bihan peint, à son rythme, à son gré, sans frénésie. Qu'il reçoit le public aussi. Fort gentiment, assurent ceux qui, de passage sur cette petite île bretonne, lui ont rendu visite et n'ont pas trouvé, punaisé sur la porte close, un petit mot informant que l'artiste est parti à la pêche. L'accueil du peintre semble d'autant plus aimable qu'il n'est apparemment pas dicté par des impératifs commerciaux. S'il a connu sa part de vache enragée, tout va bien pour lui, à présent. Généralement, ses toiles sont réservées à l'avance. Et sa galerie virtuelle vise essentiellement à donner à voir aux grand public des oeuvres qui, depuis longtemps déjà, font partie de collections privées, en France ou à l'étranger. Fait d'autant plus remarquable que cet artiste contemporain qui ne cherche pas à produire à toute force - une dizaine de toiles en 2011- en tient résolument pour le figuratif. Et plus particulièrement pour ces compositions généralement rangées sous l'appellation de « nature morte », mais dont se dégage une formidable lumière. Il réalise cela dit quelques portraits et sait restituer à merveille l'énergie rapace des goélands.

Didier-Marie Le Bihan, s'il ne rejette pas les techniques modernes, s'appuie en tout premier lieu sur celle de l'Azolla flamande, qui remonte au début du XV° siècle, avec la mise au point du procédé à l'huile par Jean Van Eyck. Il enduit d'abord sa toile avec des craies (plâtre, blanc de Meudon), pour obtenir un fond blanc qui apportera de la luminosité aux tons clairs et qu'il atténuera par la suite par la superposition de couches successives et transparentes qu'on appelle glacis. Les couches ainsi ajoutées les unes aux autres, après un temps de séchage pouvant varier de trois mois à un an, vont masquer l'enduit à des degrés plus ou moins importants. Plusieurs toiles sont mises en chantier au même moment. La peinture débute par les tons les plus clairs ; les ombres sont apportées ensuite pour accentuer le contraste. L'artiste utilise trois tubes de couleur : un jaune de cadmium, un rouge japonais et un bleu d'outremer. Une terre d'ombre brûlée est rajoutée pour les fonds, puis le noir de mars. Le blanc n'est utilisé qu'en tout dernier et seulement dans certaines parties de la toile afin de créer des opaques où la lumière est filtrée.

Si ses toiles sont souvent réservées longtemps à l'avance, Didier-Marie Le Bihan n'aime pas travailler sur commande. L'amateur d'art visite l'atelier ou la galerie virtuelle, choisit parmi ce qui se trouve là, parmi les oeuvres en cours. Et prend ensuite son mal en patience. Cela peut durer sept jours, sept mois ou... sept ans qui sait. Ce peintre-là est de ceux qui donnent du temps au temps, et c'est pourquoi il a choisi cette île de Sein où les marées et les tempêtes savent remettre à l'heure les pendules des hommes pressés, leur rappeler qu'ils ne décident que de peu de choses, au fond. Il n'a donc pas de « marchandise en stock » et éprouve donc peu le besoin d'exposer. Aussi son exposition présentée jusqu'au 15 novembre à l'hôtel Palazzu U Domu, à Ajaccio, est-elle, mine de rien, un petit événement international. Peut-être un clin d'oeil amical, entre insulaires...



Nina Santolini - photo Marianne Tessier

N°158 - Novembre 2012